Jardin tropical : le guide du jardinier
On nous pose toujours les mêmes questions : quoi planter en bord de mer, pourquoi le gazon grille en janvier, quand tailler sans faire de mal. Voici, en clair, ce qu'un jardin mauricien demande selon l'endroit et la saison. Rien de théorique : c'est ce qu'on voit sur le terrain, de Cap Malheureux aux hauts de Curepipe.
Deux saisons, pas quatre
Oubliez le printemps et l'automne. Ici il y a l'été austral (novembre à avril) : chaud, humide, orageux, avec la saison cyclonique — tout pousse à toute vitesse. Et l'hiver austral (mai à octobre) : plus frais, plus sec, la végétation ralentit. On plante à l'entrée de l'été, on taille en structure pendant l'hiver.
Les plantes qui tiennent vraiment
Le bon choix dépend surtout de la distance à la mer et du vent.
- Bord de mer, plein vent salin : filao, vétiver, cocotier, veloutier
- Couleur et parfum : frangipanier, bougainvillier, hibiscus, alpinia, oiseau de paradis
- Ombre et fruits : badamier, manguier, letchi, flamboyant
Le vétiver mérite sa place partout où la terre glisse : ses racines tiennent un talus mieux que bien des murs.
Le vent salin et le sel
À Pereybère ou Cap Malheureux, l'ennemi n'est pas le froid, c'est le sel porté par le vent. Il brûle le bord des feuilles et dessèche les jeunes plants. On protège les nouvelles plantations derrière une haie de filao ou d'hibiscus, on rince au tuyau après un gros coup de vent d'est, et on évite les espèces fragiles en première ligne.
Passer la saison cyclonique
De novembre à avril, un jardin bien tenu prend beaucoup moins de dégâts. Avant la saison, on allège les grands arbres pour que le vent passe au travers, on tuteure les jeunes plants et on dégage les écoulements d'eau. Après un cyclone, on rabat le cassé, on redresse et on laisse repartir — la végétation tropicale récupère vite si les racines ont tenu.
Arrosage : la bonne heure, la bonne dose
En été, arrosez tôt le matin, jamais en plein soleil de midi. Mieux vaut un arrosage copieux deux ou trois fois par semaine qu'un petit peu tous les jours : ça oblige les racines à descendre chercher l'eau. En hiver, on espace nettement. Un goutte-à-goutte programmé fait ce travail sans gaspiller ni oublier.
Le sol d'abord
Beaucoup de jardins de l'île sont sur terre rouge compacte ou pleine de roches basaltiques. Avant de planter, on décompacte, on ajoute du compost et de la matière organique, et on paille pour garder l'humidité. Une plante mise dans un bon trou vaut dix plantes posées n'importe comment.